Béruarak a écrit :Asylum a écrit :En fait la question est peut etre, d'arrêter d'espérer que ces connards de journalistes sortent quelque chose d'intéressant un jour, sachant que le journalisme est, au jour d'aujourd'hui, au service de la bourgeoisie, de la classe dominante, etc, appelez ça comme vous voulez.
Ah parce que c'est que aujourd'hui ça ?

Oui, aujourd'hui, quand on se plaint encore du mauvais travail de la police, tout ça...
Après je veux pas saouler tout le monde je pense qu'on est d'accord, par contre :
Sur la question :
Cette Semaine 96 a écrit :
Si on entend parfois autour de soi
des camarades se réserver la possibilité
de s’exprimer dans les médias,
au nom d’une exception tactique
qui mène à tout (et surtout au pire
comme le montre l’histoire), certains
contorsionnistes de la dialectique
franchissent déjà régulièrement le
pas : on a ainsi pu voir ces derniers
temps dans les médias une saboteuse
de bornes biométriques ou y écouter
un pamphlétaire anti-démocrate.
Respectivement sur une télé et une
radio d’Etat.
Celui-ci, bon prince, y trouve en effet
son compte en matière de neutralisation
et d’une saine gestion du
pouvoir, puisqu’il renforce encore
par ce biais le visage démocratique
de l’exploitation et de la domination.
Si même ses opposants radicaux ont
accès à ses moyens, c’est bien qu’il est
au service de tous et pas d’une seule
classe, non ? Et puis, tant qu’il existe
un dialogue, il est encore possible de
récupérer ces enfants terribles.
En un temps où la confusion accompagne
une guerre civile rampante au
détriment d’une guerre sociale dans
laquelle l’ennemi serait identifié et
traité comme tel, nous reproduisons
quelques textes sur la question parus
il y a quelques années dans ce même
journal.
Journaflics et médias
Les raisons d’une inimitié
LA QUESTION N’EST PAS la plus
ou moins grande correction
d’un journaliste en particulier,
mais au contraire
le rôle en soi de l’appareil
médiatique. Les médias ont
en effet la prétention d’être
la représentation totale de
la réalité. En témoigne ce
simple fait : pour eux, celui
qui refuse de parler avec les
journalistes «ne veut communiquer
avec personne».
Comme s’il était impossible
de communiquer de manière
directe, sans le filtre de
la presse, de la radio ou de
la télévision. C’est la même
attitude qu’ont les autorités
politiques : celui qui refuse
tout rapport avec elles refuse,
selon elles, tout dialogue
avec les gens. Pourtant,
malgré les progrès constants
de la domestication
sociale, le monde n’est pas
uniquement peuplé d’autorités,
de flics et de journalistes.
Mieux même, c’est
justement au-delà et contre
leur pouvoir que commence
le dialogue réel.
Les médias font ainsi partie
intégrante de la domination.
Tout comme elle, ils font
participer, ils excluent, ils
récupèrent et ils répriment
en même temps.
Ils font participer. Chacun
doit croire que la seule réalité
est celle que journaux
et télévisions façonnent
tous les jours, la réalité
de l’Etat et de l’économie.
Les médias sont un instrument
indispensable pour
imposer le consensus. Ils
sont la version moderne du
mythe, c’est-à-dire la représentation
qui unit exploités
et exploiteurs. Les médias
socialisent les gens.
Ils excluent. Les pensées
et les actions hostiles à
cette société ne doivent
pas apparaître. Il faut les
taire, les falsifier ou les
rendre incompréhensibles.
Les taire quand leur existence
même est une attaque
contre l’ordre établi. Les
falsifier quand ce qu’on ne
peut pas taire doit être opportunément
reconstruit.
Les rendre incompréhensibles
quand il est nécessaire
d’accorder à la révolte quelques
vérités partielles afin
que s’évanouisse leur sens
global. Les médias enlèvent
à tous les sans-pouvoir tout
moyen d’expression autonome.
L’unilatéralité de l’information
est le contraire
de la communication entre
individus.
Ils récupèrent. Ils invitent
à dialoguer avec les
institutions, ils créent des
porte-parole et des leaders,
ils intègrent toutes les idées
et les pratiques subversives
une fois qu’elles ont été rendues
inoffensives en les séparant
de leur contexte, en
les faisant consommer sans
les vivre, en les étouffant
dans l’ennui du déjà-vu.
Ils répriment. Ils collaborent
avec la police en dénonçant
et calomniant, ils
lui préparent le terrain avec
des menaces opportunes,
ils en justifient publiquement
le travail. Parfois, ils
répriment en donnant raison
–ce que quelqu’un appelait
la «répression laudative»–,
c’est-à-dire en présentant
comme subversif ce qui ne
l’est pas, lointain ce qui est
au coin de la rue, terminé ce
qui vient tout juste de commencer.
Bien souvent, on ne saisit
des médias que l’oeuvre de
falsification et de répression,
c’est-à-dire les aspects
les plus ouvertement calomniateurs
et criminalisants.
Mais la rage contre le mensonge
journalistique a alors
le souffle court, en pouvant
facilement être liquidée
dans des périodes moins
conflictuelles par une série
d’articles suffisamment
corrects. Le problème n’est
pas l’honnêteté de tel ou tel
journaliste ou la fidélité des
articles, mais bien l’action
sociale des médias. Dans
la machine médiatique, les
qualités intellectuelles et
les normes déontologiques
sont emportées par la masse
des informations, par un
«totalitarisme du fragment»
qui est le véritable visage
des infos. L’intelligence critique
se construit à travers
l’association, l’analogie et
la mémoire. Les infos, au
contraire, sont le produit
de la séparation, du détail,
de l’éternel présent. La passivité
médiatique n’est que
le reflet de la passivité salariale
et marchande. On le
sait, la vie qui nous échappe
revient au galop sous forme
d’image et de scoop. Plus
on est informés, moins on
connaît, c’est-à-dire moins
on vit.
Personne ne peut faire
aujourd’hui de la politique
sans vendre sa propre
image. Celui qui ne veut pas
rompre avec la représentativité
politique sous toutes
ses formes (y compris celles
qui sont antagonistes), ne
peut pas rompre avec la
représentation médiatique.
Il pourra insulter les journalistes
pendant quelques
semaines, dans l’impossibilité
de faire autrement,
puis il recommencera à
dialoguer. Pour négocier
avec le pouvoir, les médias
sont nécessaires. Ce sont euxmêmes
–et les faits récents
le confirment– qui poussent
au dialogue, favorisant ainsi
la répression de ceux qui ne
dialoguent pas avec leurs ennemis.
Dans le bavardage du
consensus, le fichage policier
commence contre celui qui
se tait. C’est pourquoi couper
court avec la presse et la télévision,
ainsi qu’avec les images
et les étiquettes qu’elles
nous collent, signifie couper
court avec la politique.
La conclusion ne peut pourtant
pas être celle de l’autisme
de ghetto, mais celle d’une
rébellion qui se donne ses
propres moyens de communication
autonome.
[Extrait du Loup Garou n°3, Paris,
février 1999 et de Si raccoglie ciò
che si semina, Rovereto (Italie), novembre
2003, partiellement traduit
dans Cette Semaine n°87, février/
mars 2004, p.9]